Regard de "Bipèdes VII "

ET SI NOUS FAISIONS UNE HALTE POUR RÉALIER UNE SYNTHÈSE DES PÉRIGRINATIONS DE NOS BIPÈDES …

2010 - 2018

Un achat qui a radicalement changé leur vie, Adélie. ils n’ont jamais regretté leur choix, comme si ce voilier les attendait pour pouvoir enfin faire ce pour quoi il était conçu : naviguer sur les grands espaces arctiques ou antarctiques. Certes, il n’est pas parfait et nos bipèdes ne lésinent pas à titiller leur inventivité et à dépenser leur énergie (et parfois, même leurs sous) afin de le rendre plus performant.
Huit ans et ils sont à peine aux portes du cercle polaire. « Mais qu’ils sont lents, ces bipèdes ! » pourrait dire le terrien de base qui n’a aucune idée du monde marin. Ils sont une tripotée à ignorer les règles qui régissent l’espace maritime et qui ne prennent pas la peine de réfléchir à la question. Peu leur importe, ces réflexions les font sourire. Ils n’ont rien à prouver, ne sont en compétition avec personne.
L’école de la mer est un formidable moyen d’aborder d’une autre manière les contingences de la vie. La plupart du temps, ce qui semble primordial à terre, devient insignifiant vu des océans. Nos bipèdes marins l’ont réalisé très vite et si leur mode de vie a changé, il en a été de même à propos des relations humaines.

Ont-ils appris, ressentis, vu, entendu, touché, goûté, humé et développé leurs sens en fonction de leur environnement liquide ?
Dès qu’ils sont en navigation, surtout dans des conditions difficiles (mauvaise météo, problèmes techniques ou physiques), nos bipèdes ont très vite compris que la gestion d’une navigation implique, en premier lieu, une excellente connaissance de son milieu et de soi. Connaissances qu’ils se doivent d’approfondir, sous peine de devoir le regretter un jour. Ils font donc « leurs classes » au fil des mille. Et s’il n’y avait qu’une seule règle à observer, un seul mot à graver au fer rouge, ce serait SÉCURITÉ.
N’oublions pas qu’ils ont pour objectif de rejoindre le Pacifique par le passage du Nord/Ouest. Il ne fait aucun doute que nombreux seront sans doute les aléas qui viendront les contrarier. Cela fait partie du jeu.

Ils engrangent les expériences et stockent des souvenirs. Ils « reprendraient » bien une traversée de l’Atlantique ou une arrivée sur Miami et adoreraient remonter l’East river par exemple. Mais détesteraient se retrouver à nouveau en panne de moteur comme à l’arrivée à Gibraltar par une nuit où ils avaient l’impression d’être à la surface d’une bouilloire entourrée des tankers et autres cargos. Sans parler de cette traversée inoubliable entre Cap Code et Shelburne au Canada. Là ils s’étaient frottés au brouillard, au froid et à la solitude d’un temps hostile pour la première fois.

 
Parole de bipède marin : il y a urgence à fuir les troupeaux d’exploiteurs des mers agglutinés dans les zones touristiques telles que les Caraïbes ou les Bahamas qui sont des maisons de retraite à mer ciel ouvert. Leur code, dans la mesure du possible, est de sortir des routes encombrées pour découvrir d’autres espaces, faire des rencontres
qui ne seraient pas basées sur le potentiel financier qu’ils peuvent représenter et espérer croiser de vrais voyageurs qui ont conscience de n’être attendus nulle part. Comme leur voyage les amène à être confrontés aux différentes mentalités en vigueur suivant leurs accostages (de l’Europe aux Amériques), nos bipèdes marins ont été heureux de constater que plus ils montent vers le Grand Nord, plus les autochtones sont accueillants. Question de climat ? D’isolement ? D’éducation ? Les contingences climatiques rendraient-elles les habitants plus conscients des valeurs humaines ? Où est-ce un leurre ?

Et que dire des retours au bercail !… Ils aiment la France, c’est une évidence. Mais, parce qu’il y a toujours un mais, ils constatent qu’ils sont en décalage, et pas seulement horaire. Lorsqu’on est extrait de son milieu durant un long moment, les paramètres qui régissent le quotidien ne répondent plus aux mêmes règles que celles d’un autochtone intégré, pour ne pas dire ligoté, dans ses propres réalités. Les comportements diffèrent et nos bipèdes marins se retrouvent dans un environnement où ils semblent étrangers. L’observation de leurs congénères terriens devient un jeu intéressant dont ils tentent de décrypter les protocoles. Décidément, la plupart de ces terriens ont des préoccupations très mercantiles et confondent cumul de biens et être bien. Cependant, le bipède marin sait s’adapter. C’est un art que l’océan lui a inculqué, parfois à coup de gifles. Ainsi, durant ses étapes terrestres, nos bipèdes s’intéressent à tout, engrangent des informations en touts genres et se rassasient de données. L’isolement des océans n’est pas un obstacle à l’apprentissage.
Une chose est certaine, ils seront heureux de rejoindre leur embarcation. Une fois gorgé de leurs escapades épicuriennes et digérées leurs quelques savoureuses retrouvailles amico/familliales, ils décolleront vers de nouvelles aventures, le coeur gonflé d’espoirs, enrichis par quelques savoirs supplémentaires et conscients qu’ils ont encore tellement à apprendre. 

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